La première édition complète de ce rapport, en avril, couvrait 100 793 offres dans 19 pays. Mai en a couvert 363 296 dans 110.
Ce bond n’est pas un boom des recrutements, c’est un objectif plus large. Le périmètre de sources du crawl est passé de 28 à 43 au cours du mois, faisant entrer des marchés jamais vus auparavant et triplant le jeu de données. Quand on élargit ainsi la couverture, les chiffres globaux bougent à peine. Ce qui change, c’est la texture : à cette échelle, on peut cesser de demander ce que le marché recrute et commencer à demander ce que chaque marché recrute que les autres ne recrutent pas.
Le gros du volume reste concentré dans une douzaine de marchés européens et aux États-Unis ; les cent autres pays forment une longue traîne mince. Mais cette traîne, avec la couverture plus profonde des marchés déjà observés, suffit à dessiner une image plus nette. Cette édition, c’est cette image.
Chaque marché a sa signature
Surreprésentation : à quel point une compétence est concentrée dans un pays par rapport à l'ensemble du jeu de données.
Le volume indique que la France et le Royaume-Uni sont grands. Il ne dit pas ce qui les distingue. Pour cela, la mesure utile est la surreprésentation : combien de fois plus souvent une compétence apparaît dans un marché que dans l’ensemble des données. Un indice de 5× signifie qu’une compétence y est cinq fois plus concentrée que la moyenne mondiale.
Vu ainsi, chaque marché a une empreinte.
Compétence la plus surreprésentée par marché, mai 2026. Facteur = part du pays ÷ part mondiale. Source : crawl de production Kitsuno.
La Norvège mise fortement sur la pédagogie sociale (14,7×) et la dépollution environnementale (13,8×), une signature de secteur public faite de soin et de climat. L’Allemagne est surreprésentée en mécatronique (5,7×), la colonne vertébrale d’ingénierie de son industrie. La Suisse se concentre sur le travail biomédical et clinique, la France sur la dentisterie esthétique et la médecine générale.
Aucune n’est la plus grande catégorie de son pays. Ce sont les signatures structurelles, et pour qui cherche un emploi, la lecture pratique est simple : le marché qui valorise sa spécialité n’est pas toujours le plus proche.
L’échéance est arrivée et repartie
L'échéance de transposition de la directive européenne sur la transparence des rémunérations était le 7 juin. Elle est désormais passée.
Chaque État membre devait transposer la directive en droit national avant le 7 juin 2026. À la fin du mois de mai, aucun ne l’avait achevée. Dans ce contexte, les offres racontent une histoire gênante.
À l’échelle mondiale, 38,2% des offres affichent désormais le salaire, environ deux points de plus. Mais le chiffre pondéré pour l’Europe a baissé à 30,3%, et les États-Unis (62%) affichent désormais le salaire plus souvent que l’Europe, sans aucune directive.
Le moteur, c’est la France. Dans l’édition d’avril, les offres françaises affichaient le salaire dans 75% des cas ; en mai, 67,9%. La France porte la moyenne européenne par son seul volume, donc quand la France baisse, le continent baisse avec elle. L’échéance censée pousser l’Europe vers la transparence est arrivée alors que l’Europe partait dans l’autre sens.
C’est le chiffre à surveiller : si l’échéance passée tire les retardataires vers le haut au cours de l’été, ou si elle a produit une précipitation plutôt qu’un changement.
Une porte étroite pour les nouveaux venus
Les postes juniors représentent 2,5% du marché. Les postes intermédiaires, 81,7%.
Sur l’ensemble des 363 296 offres, le junior représente une offre sur quarante. Pour qui débute une carrière, ce n’est pas une question d’effort : les postes ne sont tout simplement pas dans le flux public d’annonces. Qui débute est en concurrence pour environ une annonce sur quarante.
Il est tentant d’y lire l’IA en train de creuser le bas de l’échelle. Les données n’étayent pas ce récit, du moins pas encore. Les métiers de la data, de l’IA et de l’analyse représentent 5,6% du marché, et les compétences que ces offres demandent sont classiques : reporting, travail avec les parties prenantes, outils établis, pas une vague de postes pour entraîner des modèles. « L’IA prend les emplois » n’est pas ce que les offres de ce mois peuvent montrer. Ce qu’elles montrent, c’est que le travail junior, lié à l’IA ou non, n’est en grande partie pas publié ici. C’est un autre problème, et un plus ancien.
Le télétravail est un poste, pas une entreprise
92,5% des offres de mai sont sur site. Le télétravail a à peine bougé, de 4,8% à 5,5%.
La moyenne cache l’essentiel. Le télétravail n’est pas réparti uniformément sur le marché ; il se concentre sur certains types de postes.
Les métiers du marketing et du contenu affichent du télétravail à 13,2%, soit environ douze fois le taux de l’hôtellerie-restauration. Si le télétravail n’est pas négociable, le poste visé déplace les chances bien plus que l’entreprise visée. Le levier n’est pas la politique de l’employeur, c’est le type de travail.
Le regard large est désormais la base
Le regard plus large n’est plus une nouveauté. À partir d’ici, le périmètre de sources est stable, ce qui veut dire que la prochaine édition pourra mesurer un vrai mouvement d’un mois sur l’autre plutôt qu’une croissance de couverture.
Trois choses à surveiller cet été : si la transparence salariale de l’Europe se redresse maintenant que l’échéance est passée ; si les postes juniors apparaissent ou restent rares ; et si les empreintes nationales tiennent ou se déplacent à mesure que ces marchés s’installent dans les données.
Le tableau de bord Market Pulse se met à jour en continu. Cette édition fige le mois et se demande ce qu’il signifie.
Market Pulse →
Tableau de bord mis à jour en continu. Les chiffres de cet article en proviennent.
MéthodologieComment nous mesurons →
Le pipeline de crawl, les taxonomies de classification et ce que les chiffres signifient vraiment.
Essayer les agentsLancer Kitsuno sur sa recherche →
Le même pipeline qui a produit ce rapport, évaluant les offres au regard de ses preuves de carrière.
Méthodologie : chaque chiffre provient du crawl de production de Kitsuno, classé par l’agent Extractor à l’aide de la taxonomie de compétences ESCO et d’un schéma interne de familles de métiers. Le jeu de données couvre 363 296 offres uniques collectées en mai 2026 auprès de 43 sources dans 110 pays ; 85,5% avec une localisation identifiée. Les comparaisons d’un mois sur l’autre avec l’édition d’avril ne sont qu’indicatives : avril couvrait une période plus courte avec moins de sources, donc le mélange de pays et de sources diffère.
Pour le fonctionnement du pipeline, lire Comment nous mesurons le signal du marché de l’emploi. Pour les chiffres en direct, voir Market Pulse.