Le 7 juin, chaque État membre de l’UE devait avoir transposé en droit national la directive sur la transparence salariale. Juin est le premier mois entier passé après cette échéance. Nous avons regardé ce qui s’est produit ensuite dans les offres, et la réponse tient en peu de mots : presque rien.
Une précision d’abord, parce qu’elle vaut pour chaque chiffre qui suit. Sept nouvelles sources sont arrivées dans le crawl en juin : des plateformes au Portugal, en Pologne, en Hongrie, en Espagne, en Autriche, dans les pays baltes et aux Pays-Bas. Comparer juin à mai sans précaution reviendrait surtout à mesurer cet ajout, pas le marché. Nous calculons donc chaque évolution d’un mois sur l’autre sur les seules 43 sources présentes les deux mois. Quand nous disons que quelque chose a bougé, c’est que ça a réellement bougé.
L’échéance est passée, et rien n’a bougé
À sources égales, l'affichage des salaires pondéré UE passe de 30,2 % à 30,0 %. Autant dire stable.
L’édition précédente s’achevait sur une question en suspens : une fois l’échéance passée, les employeurs européens allaient-ils basculer vers la transparence ? En juin, la réponse est non, du moins pas encore. À sources égales, le taux pondéré UE n’a pas bougé. Les États-Unis, eux, sans la moindre obligation européenne, affichent un salaire dans 60,3 % des offres, soit deux fois plus que l’Europe.
Derrière cette moyenne immobile, deux pays ont pourtant bougé, et en sens contraire. L’Allemagne recule, de 17,3 % à 15,4 % à sources égales, le mois précis où sa loi de transposition, toujours pas rédigée, devenait exigible. Les Pays-Bas progressent, de 21,6 % à 26,5 %, la plus forte hausse réelle parmi les grands marchés, alors même que leur transposition est reportée à 2027. Quand les employeurs néerlandais prennent de l’avance sur leur propre loi tandis que les allemands s’en éloignent, cela dit une chose qui n’est pas dans le texte de la directive : afficher un salaire répond d’abord aux usages du marché, et seulement ensuite aux obligations.
Le télétravail recule, et cette fois cela se mesure
À sources égales, le télétravail passe de 5,4 % à 4,3 % des offres. Près d'un cinquième du marché du télétravail, disparu en un mois.
Le mois dernier, nous pouvions seulement constater que le télétravail est rare et concentré sur quelques métiers. Ce mois-ci, à périmètre de sources constant, nous pouvons aller plus loin : il recule. 93,8 % des offres de juin sont sur site. Chercher un poste en télétravail, c’est désormais chercher dans une offre sur vingt-trois.
Le fait qu’il se concentre sur certains métiers reste vrai, et compte d’autant plus que le vivier se réduit :
L’ordre s’est redistribué depuis mai : le support et le service client passent en tête, le marketing glisse de la première à la cinquième place. Mais la règle pratique reste la même : pour tes chances de télétravail, la famille de métiers que tu vises pèse bien plus que la politique de télétravail d’une entreprise donnée.
Moins de coordination, plus d’analyse
Les compétences de gestion de projet perdent environ un cinquième en proportion, celles d'analyse progressent. Chaque groupe s'est déplacé d'un seul tenant.
Les parts sectorielles ont à peine bougé en juin : aucun secteur n’a varié de plus d’un point. Le mouvement est à l’intérieur des offres, dans ce qu’elles réclament. Rapporté à l’ensemble des mentions de compétences, à sources égales, tous les intitulés de gestion de projet de la nomenclature ESCO reculent ensemble (gestion des opérations −27 %, suivi des indicateurs de projet −23 %, gestion de projet −19 %), et tous les intitulés d’analyse progressent ensemble (analyses coûts-bénéfices +31 %, analyse financière +20 %, analyse des besoins clients +17 %).
Un seul mois relève de la veille, pas de la conclusion. Mais quand des groupes entiers de compétences voisines se déplacent d’un même pas, le signal est plus fort que n’importe quel intitulé pris isolément. Une lecture plausible : les organisations recrutent d’abord pour comprendre leur situation, avant de recruter pour faire tourner davantage l’existant. Si juillet répète le schéma, ce sera l’histoire de l’été.
Le mur de l’entrée de carrière gagne une deuxième brique
Les postes débutants restent à exactement 2,5 % du marché. Et ce sont eux qui affichent le moins souvent un salaire.
Un deuxième mois entier à exactement une offre sur quarante tranche la question : ce mur à l’entrée de carrière est structurel, pas un simple bruit statistique. Juin ajoute un détail qui aggrave le tableau. Les offres pour débutants affichent un salaire dans 26,8 % des cas, contre 36,8 % pour les postes expérimentés. Autrement dit, celles et ceux qui disposent du moins d’éléments pour négocier en reçoivent le moins.
Et la question de l’IA, chiffrée pour la première fois : en juin, 0,13 % des offres mentionnent une compétence en apprentissage automatique ou en intelligence artificielle au sens de la nomenclature ESCO, soit environ une offre sur 770. Même dans les métiers de la data et de l’IA, la proportion n’est que de 0,4 %. En mai, elle était de 0,16 %. Quoi que l’IA fasse au travail, les employeurs ne l’inscrivent pas encore dans ce pour quoi ils recrutent. Et la porte étroite du début de carrière existait bien avant la vague des modèles. Ce chiffre reviendra à chaque édition : le jour où il bougera, c’est ici que tu le verras.
Les signatures bougent. C’est pour cela qu’on les lit chaque mois.
L'empreinte « soin et climat » de la Norvège a tenu. Les États-Unis se sont enfoncés dans la santé mentale. La France a viré vers la logistique.
Compétence surindexée la plus marquante par marché, juin 2026. Multiple = part pays ÷ part globale. Source : crawl de production Kitsuno.
Certaines empreintes sont stables : la mécatronique allemande et le trio norvégien soin, climat et pédagogie ont tenu depuis mai. D’autres ont bougé. L’empreinte américaine s’est enfoncée dans la santé mentale : quatre de ses cinq compétences les plus surreprésentées relèvent du soin clinique et thérapeutique. Celle de la France a viré vers la logistique, et l’avance de la Suisse dans le biomédical en mai a laissé place à l’hôtellerie et aux systèmes informatiques. Pour qui cherche un emploi, la leçon reste la même : le marché qui valorise ta spécialité n’est pas toujours celui d’à côté, ni toujours le même que le mois précédent.
À suivre en juillet
Trois questions restent ouvertes pour juillet. Le taux d’affichage européen finira-t-il par réagir une fois que les lois de transposition commenceront à s’appliquer ? L’Allemagne est désormais le pays à surveiller, puisqu’elle va dans le mauvais sens. La bascule de la coordination vers l’analyse se répétera-t-elle, transformant l’écart d’un mois en véritable déplacement de la demande ? Et le télétravail continuera-t-il de baisser ? Un deuxième mois de recul en ferait une tendance, et non un simple à-coup.
Une promesse tenue, en toute honnêteté : le mois dernier, nous annoncions que les courbes de tendance attendraient une base de sources figée. La base a grandi à la place, et chaque tendance présentée ici repose donc sur la méthode des sources constantes décrite plus haut. Une analyse prévue reste par ailleurs dans nos tiroirs : le schéma des jours de la semaine repéré en mai ne s’est pas reproduit en juin. Il reparaîtra une fois stabilisé, pas avant.
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Tableau de bord actualisé en continu. Les chiffres de cet article viennent de là.
MéthodologieComment nous mesurons →
La pipeline de crawl, les taxonomies de classification et ce que les chiffres veulent vraiment dire.
Essayer les agentsLancer Kitsuno sur ta recherche →
La même pipeline qui produit ce rapport, qui confronte les offres à tes propres preuves de carrière.
Méthodologie : chaque chiffre provient du crawl de production de Kitsuno, classé par l’agent Extractor à l’aide de la nomenclature de compétences ESCO et d’un schéma interne de familles de métiers. Le jeu de données couvre 420 626 offres uniques collectées en juin 2026 auprès de 50 sources dans 109 pays ; 83,0 % ont une localisation identifiée. Sept sources sont arrivées en juin, si bien que toutes les comparaisons d’un mois sur l’autre reposent sur les seules 43 sources présentes en mai comme en juin. La mesure des compétences IA compte les offres qui mentionnent au moins une compétence ESCO dont l’intitulé contient « machine learning » ou « artificial intelligence », une définition volontairement stricte de la demande explicite. L’affichage des salaires est repéré par motifs et la détection varie selon les marchés : la France ressort plutôt haut, le Royaume-Uni et les Pays-Bas sans doute bas. Les mouvements sont donc plus fiables que les niveaux absolus.
Pour le fonctionnement de la pipeline : Comment nous mesurons le signal du marché de l’emploi. Pour les chiffres en direct : Market Pulse.